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Sœur Emmanuelle se livre
Le «testament spirituel» de la religieuse sort la semaine prochaine en librairie. «Libération» l'a lu...
CATHERINE COROLLER
French nun sister Emmanuelle smiles after she was honoured with the'Commandeur de la legion d'honneur' medal at the Elysee Palace January28, 2002. The ceremony marked the bicentenary of the founding of theorder in 1802 by Napoleon Bonaparte. Sister Emmanuelle is a well knownfigure in the fight against poverty in France and abroad.REUTERS/Charles PlatiauCP/ (Reuters)
Bien sûr, c’est le livre d’une très vieille dame. Sœur Emmanuelle a 99 ans lorsqu’elle dicte ce «testament spirituel» (1) destiné à être publié juste après sa mort, et qui sort le jeudi 30 octobre en librairie.
«Son corps est usé. Ses jambes ne la portent plus», elle est «reliée aux bouteilles d’oxygène qui lui sont devenues indispensables», rappelle dans son avant-propos Sofia Stril-Rever, sanskritiste et diplômée d’Etudes indiennes, qui a recueilli ce témoignage. Brièvement, sœur Emmanuelle revient sur le choc de la mort de son père noyé sous ses yeux lorsqu’elle a six ans, sur son entrée au couvent à l’âge de vingt et un ans. Elle évoque aussi son «plus grand bonheur sur terre», allusion à «l’inauguration d’un lycée pour filles au bidonville (du Mokattam au Caire en Egypte, ndlr)» où elle s’est installée à l’âge de 62 ans et où elle a passé vingt-deux ans de sa vie.
«Jusque-là, aucune fille n’avait accès à l’enseignement secondaire. De ce fait, l’entrée de l’université leur était barrée», rappelle-t-elle. A côté de ces faits déjà connus, Sœur Emmanuelle parle, longuement, de sa foi, sans évoquer les périodes de doutes auxquelles elle avait fait allusion à d’autres occasions. Pas de rappel non plus, de ses prises de position passées en faveur du mariage des prêtres, de la pilule, de l’aide aux pays pauvres, aux SDF aux jeunes générations, contre un monde «axé sur le matériel».
Rien de tel dans cet ouvrage à la tonalité volontairement «allègre», mais des citations illustrant carricaturalement la fascination des catholiques pour la pauvreté. Et leur méfiance envers les «bonheurs terrestres» qualifiés de «miel amer» par opposition à «l’éternité joyeuse».
A plusieurs reprises, la vieille dame répète avoir passé «les plus belles années de (sa) vie au bidonville». Dans le chapitre intitulé «Heureux ceux qui ont une âme de pauvre», sœur Emmanuelle cite l’exemple d’un milliardaire belge mort une semaine après lui avoir offert «un misérable petit billet de cent francs» alors qu’elle quêtait pour le Soudan. A ce «riche qui était pauvre», elle oppose le cas des vrais pauvres du bidonville de Mokattam. «Au bidonville, beaucoup de pauvres étaient riches, écrit-elle. C’était merveilleux. Ils n’étaient attachés à rien». Et d’insister: «Quand on n’a rien, on n’a pas l’occasion de s’attacher. On n’avait ni eau ni électricité. On vivait dans des cabanes en vieux bidons troués où s’entassait toute la famille, parents, enfants, grands-parents. On avait rien – sauf un grand amour». «Comme on ne possédait rien, on ne risquait pas d’être préoccupé au sujet de sa maison ou de son compte en banque», poursuit-elle. Et de conclure: «Je n’ai jamais autant ri que dans le bidonville. On trouvait toujours des occasion de s’amuser».
(1) Mille et un bonheurs, méditations de soeur Emmanuelle recueillies par Sofia Stril-Rever, Editions Carnets Nord, janvier 2008
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